🇮🇹 NGERE présent au 46ᵉ symposium international sur les polluants organiques persistants – Dioxin 2026

Du 13 au 18 septembre 2026, Célie Nigon, doctorante, et le Pr Henri Schroeder ont représenté le laboratoire NGERE à Dioxin 2026, le 46ᵉ symposium international consacré aux polluants organiques persistants (POPs) et contaminants associés, organisé à Riva del Garda, en Italie.

🌍 Ce congrès international constitue un rendez-vous majeur pour les scientifiques travaillant sur l’exposition aux contaminants environnementaux, leur devenir dans l’environnement et leurs conséquences potentielles sur la santé humaine. Pour NGERE, cette édition a été l’occasion de présenter plusieurs travaux consacrés aux conséquences neurodéveloppementales d’une exposition précoce à l’α-hexabromocyclododécane (α-HBCDD), un retardateur de flamme bromé persistant dans l’environnement.

🧪 Un contaminant environnemental au cœur de trois communications complémentaires

Le HBCDD a longtemps été utilisé comme retardateur de flamme, notamment dans les matériaux d’isolation des bâtiments et différents produits de consommation. Bien que son utilisation ait été restreinte en Europe depuis 2015, sa persistance dans les matériaux, les déchets, les plastiques, les textiles ou encore les équipements électriques et électroniques en fait toujours une source potentielle d’exposition.

Les travaux présentés à Dioxin 2026 s’inscrivent dans les recherches menées par NGERE pour mieux comprendre comment une exposition à des contaminants environnementaux au cours de périodes particulièrement sensibles du développement peut avoir des conséquences durables sur le cerveau et le comportement.

Trois communications ont permis d’aborder cette problématique sous des angles complémentaires : comportement et différences liées au sexe, métabolisme énergétique cérébral, et processus immunitaires et neuro-inflammatoires.

🧠 Des effets neurodéveloppementaux également observés chez les femelles

Une première communication présentée par Célie Nigon s’est intéressée aux conséquences d’une exposition périnatale à l’α-HBCDD chez des rates femelles et à leur comparaison avec un modèle expérimental utilisant l’acide valproïque (VPA).

Les animaux ont été étudiés au cours des premières semaines de vie puis au stade juvénile afin d’évaluer différents paramètres du développement et du comportement : vocalisations ultrasonores, discrimination olfactive, ouverture des yeux, sensibilité nociceptive, anxiété, activité locomotrice, comportements répétitifs et comportement social.

Les résultats montrent que l’exposition à l’α-HBCDD entraîne chez les femelles plusieurs perturbations du développement sensoriel et des comportements liés à l’anxiété, sans modification du comportement social dans les conditions étudiées. Des altérations moléculaires de la plasticité synaptique ont également été observées au niveau du cortex, notamment pour SNAP25 et la synaptophysine, ainsi qu’une augmentation de l’expression de mTOR.

Ces observations sont particulièrement intéressantes car elles diffèrent de celles précédemment observées chez les mâles. Elles renforcent ainsi l’importance de prendre en compte le sexe comme variable biologique dans l’étude des effets neurotoxiques des contaminants environnementaux.

🔬 L’imagerie cérébrale pour explorer le métabolisme énergétique

Une deuxième communication, également portée par Célie Nigon, a exploré les conséquences d’une exposition précoce à l’α-HBCDD sur le métabolisme énergétique cérébral, en associant des approches d’imagerie in vivo et ex vivo.

L’étude combine notamment l’imagerie [18F]-FDG PET-CT, l’analyse histochimique de l’activité de la cytochrome c oxydase, la quantification de métabolites du cycle de Krebs par LC-MS/MS et l’étude de marqueurs moléculaires du métabolisme du glucose.

Si l’imagerie PET-CT n’a pas mis en évidence d’altération métabolique significative chez les animaux exposés à l’α-HBCDD, les analyses complémentaires ex vivo ont révélé des déséquilibres métaboliques régionaux. Des perturbations de plusieurs intermédiaires du cycle de Krebs et de marqueurs du métabolisme du glucose ont également été observées.

Ces résultats suggèrent ainsi un remodelage de la bioénergétique cérébrale, susceptible de contribuer aux perturbations comportementales observées après une exposition développementale à l’α-HBCDD. Ils montrent également l’intérêt de combiner plusieurs échelles et techniques d’analyse pour caractériser des modifications qui peuvent ne pas être détectées par une seule méthode d’imagerie.

🧬 Du système immunitaire à la neuroinflammation

Enfin, une troisième communication, présentée par Henri Schroeder, s’est intéressée à la contribution de l’inflammation systémique et cérébrale aux effets neurodéveloppementaux observés après exposition à l’α-HBCDD.

Les analyses réalisées chez les mâles ont mis en évidence des modifications du système immunitaire périphérique, avec notamment une diminution de certaines populations de cellules Natural Killer (NK) et de lymphocytes T. Au niveau cérébral, les chercheurs ont observé une augmentation de la densité microgliale dans le cortex et l’hippocampe, une activation astrocytaire ainsi qu’une dérégulation de plusieurs marqueurs associés à l’inflammation.

Les analyses de voies de signalisation ont notamment fait ressortir des modifications des voies JAK-STAT et PI3K-Akt, tandis que des changements d’expression de MMP-2, MMP-3, VCAM-1 et de l’ostéoprotégérine ont également été observés.

Ces résultats apportent de nouveaux éléments en faveur d’un rôle des processus immunitaires et neuro-inflammatoires dans les conséquences d’une exposition précoce à l’α-HBCDD sur le neurodéveloppement.

🌱 Des approches complémentaires pour mieux comprendre l’exposome

En associant comportement, imagerie, bioénergétique cérébrale, biologie moléculaire, immunologie et étude de la neuroinflammation, ces trois communications illustrent la complémentarité des approches développées au sein de NGERE pour étudier les interactions entre environnement et santé.

Elles soulignent également la nécessité d’étudier les effets des expositions environnementales au cours des fenêtres sensibles du développement, tout en intégrant les différences liées au sexe et la diversité des mécanismes biologiques potentiellement impliqués.

👏 Ces travaux sont le fruit d’un travail collectif associant Célie Nigon, Henri Schroeder, Chloé Morel, Nathalie Grova, Justine Paoli, Selma Goujon, Meggane Melchior, Pierrick Poisbeau, Fathia Maskali, Emilie Roeder, Charlotte Collet, Matthieu Doyen et leurs partenaires.

NGERE remercie également ORION pour son soutien à la mobilité de Célie Nigon grâce à l’attribution d’une bourse de voyage, qui a contribué à sa participation à ce congrès international.